« [...]Et c'est une vie sans mystères / Qui se passe de commentaire / Pendant des journées entières / Il chante la terre / [...] Car c'est pour la joie qu'elle lui donne / Qu'il chante la terre »!
Bien que le compositeur enjoigne dans un premier temps de se taire et d'apprécier en silence, les couplets ultérieurs démontrent que l'Homme ne peut résister, malgré l'impossibilité inhérente à la tâche, à la tentation d'exprimer l'indicible.
Si des mots pouvaient transcrire la peinture de Régis Minois, ces vers de Gérard Manset formeraient une parfaite introduction. Comme le personnage de la chanson, cet artiste s'émerveille de la nature et, inlassablement, chante la terre. Pour définir son œuvre, plutôt que de chercher à trancher entre l'abstraction et la figuration, il faudrait plutôt chercher dans cette direction et lui accoler, par exemple, l'adjectif « élémentaire ».
Sa peinture est effectivement élémentaire, en ce qu'elle résulte tout d'abord d'une impérieuse nécessité qui constitue à ses yeux l'unique possibilité d'exister dans une société humaine. Elle est élémentaire, aussi, dans la manière dont la composition s'impose au premier regard. Elle l'est, enfin, en ce qu'elle utilise toutes les potentialités de ce matériau pour projeter sur un plan en deux dimensions (quoique....) les impressions laissées par cette lutte incessante qui se joue entre les dittérents éléments dans ce vaste théâtre qu'est la nature.
Au fur et à mesure de la contemplation, toutes les aspérités de la surface peinte, les détails imperceptibles au premier abord se révèlent au gré des variations de lumières, renouvelant constamment l'expérience du spectateur. Alors, il faut accepter de considérer le Temps comme l'un des éléments constitutifs de la nature pour dépasser l'évidence du premier regard, « puis, par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l'os, et sucer la substantifique moelle » de l'œuvre de Minois.
Léo Minois
Historien de l'art
1. MANSET Gérard Il voyage en solitaire
2. Transcription moderne tirée du prologue de RABELAIS François Gargantua chez François Juste